10 mars 2007

N°27 : Manchester, Manchester, une semaine d'arrêt.

Chronique n°27
(Où il est question de la semaine de fôlie que je viens de passer -entre autre- à Manchester )


Quoi, encore à Manchester, me direz-vous ? Mais elle a un abonnement ou quoi ? Ben j'aimerais bien ma bonne dame, mais non, c'est juste que ça s'est trouvé comme ça pis voilà, et si vous me laissiez en placer une je pourrais peut-être vous expliquer de quoi il retournait.

La dernière fois (pour ceux qui auraient râté l'épisode précédent, voir la chronique n°12 de ce même blog, je vais réexpliquer un peu mais pas tout non plus hein, faut suivre au bout d'un moment quand même...) que j'y suis allée, c'était en fin-novembre/début décembre, et j'y allais pour rencontrer mes nouveaux amis Aron Paul, les Blue Thatcher et tout plein d'autre gens fabuleux que j'ai découvert sur place. Cette fois-ci, maintenant que j'ai monté une association fantastique pour promouvoir mes groupes en France, je suis allée les voir jouer sur scène, déjà parce que j'y étais invitée et que je ne résiste pas aux soirées champagne-petit-fours, et aussi pour les interviewer en esssclusivité et en vidéo pour mon webzine préféré qui a bien mérité d'être le premier en France à en parler (parce que hein, bien sûr, d'ici deux-trois ans je vous raconte pas la galère pour les avoir sur un plateau de télé tellement ça sera des stars internationales).

Comme à mon habitude, et parce que je ne sais pas voyager simplement, sinon c'est pas drôle, j'ai donc fait mon périple en plusieurs étapes.

Etape n°1, qui est quasi devenue un passage obligé à chaque fois que je quitte mon chez moi pour plus de deux jours, je suis allée chez mes parents. Cette fois-ci pas pour laisser le chien, mais juste parce que par souci d'économie j'ai préféré voyager avec Easyjet, et que bien sûr, les billets les moins chers sont aussi ceux qui sont à des horaires pourris. Le décollage étant trop tôt pour partir directement de Cherbourg, il me faut me rapprocher de Paris.
Rouen, donc.

Sauf que n'ayant plus qu'une voiture (les temps sont durs ma bonne dame) il me faut me faire emmener le week-end précédent mon départ (qui était le jeudi 01 mars, je ne l'avais pas dit, voilà c'est fait) par mon chéri, qui en plus d'être formidable fait très bien le chauffeur de maître (bien qu'il ait refusé catégoriquement de mettre la casquette et le blaser).

Donc vendredi soir (24 février) nous allons chez mes parents. J'y passe 5 jours en tout avant de me lever aux aurores (5h) le jeudi 1er pour prendre mon premier moyen de transport de la journée (8 différents en tout avant d'arriver à destination en fin d'après-midi). Mon pôpa m'emmène à la gare, et là l'angoisse me reprend, allons bon, voilà que j'ai encore peur de prendre l'avion, c'est quand même nul quand on a un frère dans l'aviation, non ?

Alors voici ensuite ma liste de moyens de transport : train jusque Paris, puis métro, RER jusque Charles de Gaulle, je ne compterai pas la traversée du terminal à pied mais bon le coeur y est, bus pour aller jusque devant l'avion, puis l'avion donc, arrivée à Liverpool (et non pas à Manchester directement ça serait trop facile (et plus cher)), bus jusque Manchester, puis taxi jusque l'appartement de mes amis anglais, pfiouf. Là il est tard dans l'après-midi, j'ai même pas eu peur dans l'avion, rien que dans le train (vraiment n'importe quoi) et je suis bien contente d'être arrivée. Ah au fait, j'ai découvert en atterrissant que l'aéroport de Liverpool s'appelait John Lennon. C'est quand même la méga-classe, non ?

A peine ai-je posé mes valises qu'on m'invite à aller assister à une répétition. Je décline, merci les gars, mais je suis debout depuis 5h là, je vais plutôt aller m'écrouler sur le canapé en attendant que vous rentriez, hein allez. Arf, on n'a plus 20 ans.

Le lendemain, je rattrape tant bien que mal mon retard de sommeil, parce que le soir même je suis invitée à assister au concert des Whiskycats, un groupe tellement vachement bien que je comptais tanner mon ami Paddy pour qu'il m'obtienne des places, places qu'il m'a offert avant même que j'ouvre la bouche en me disant "tiens ça te dirait d'aller assister à ce concert ?" Oh ben que oui alors !

Le soir, je me fais jolie, enfin autant que ce qui tient dans ma valise me le permette, et je les suis donc. Bien evidemment (?), nous allons boire un verre avant. Pour le coup, j'emboite le pas à Steeve, (le batteur du groupe Blue Thatcher, coloc de Paddy dont j'ai parlé précédemment, oui bon je vais pas tout réexpliquer à chaque fois hein, maintenant, soit vous relisez l'ancienne chronique soit vous vous taisez), parce que Paddy doit aller faire je-ne-sais-quoi avec je-ne-sais-qui. Pas de soucis, Steeve est un garçon charmant de toute façon, et on retrouve ses amis dans un bar que j'avais déjà fréquenté la dernière fois, le Kro bar (oui oui vous avez bien lu... je suis pas sûre qu'on y trouve de la Kronenbourg, mais bon) en attendant... euh ben oui tiens en attendant quoi déjà ?

Bon bref. Je retrouve un gars que j'avais déjà vu la dernière fois, qui m'avait accompagnée manger une pizza, et ça me fait juste trop bizarre d'être dans un pays étranger et de m'écrier soudain (en anglais dans le texte) "tiens hey salut ! comment tu vas ? ça fait plaisir de te revoir !"...

Je rencontre plein de gens très sympa, dont un certain Brian, mi-Irlandais, mi-Coréen, qui avait froid et à qui j'ai prêté mes gants top fashion en mode "je rentre de classe de neige". Il avait un peu honte, ben oui mais bon, l'avait plus froid aux mains après.

On se dirige enfin tous vers la salle du concert, qui bien entendu est commencé depuis belle lurette, on en a donc râté la moitié. Paddy en aura râté plus des 3/4, lui, arrivé très en retard avec sa petite amie Sarah (aaaah ce serait donc çaaaaa). A la suite du concert, nous sommes invités, avec un petit bracelet en carton autour du poignet, genre on est des VIP, à la soirée d'after. Il doit être dans les 11h du soir, ça me fait un peu bizarre d'aller à un after à cette heure-là, mais bon que peut-on attendre d'un peuple qui dine à 18h, commence ses concerts à 19h et ferme ses bars à 1h, hein je vous le demande ? donc, nous allons allègrement vers la salle de l'after, je retrouve Brian derrière ses platines (ah oui Brian est DJ dans la vie.. pis il bosse aussi dans un hosto je crois.. enfin bref on s'en fout).

Là je me rend soudain compte que "se faire belle" en France n'a pas du tout la même signification qu'en Angleterre. En gros, je ne suis carrément, mais alors carrément pas dans le coup. On se croirait à une soirée déguisée dont le thème serait "que pouvait-on porter de plus moche ces trente dernières années ?" Et des robes à pois 60es dans un coin, et des leggings à rayures noirs et jaunes sur des escarpins rouges dans un autre, et tout plein d'autres horreurs qui me font mal aux yeux un peu partout. Je m'assois dans un coin, et commence à discuter avec mon nouvel ami Alistair, qui lui non plus n'a pas l'air d'apprécier ce genre de soirées.

Oh surprise, à ce moment Paddy débarque les mains pleines d'une dizaine de bouteilles de bières et les dépose tel un chevalier servant à mes pieds. "Euh non merci mais une seule ça aurait suffit" lui glisse-je, toute contente de ma blague...
Qu'il ne comprend pas...
Silence gêné.
...
"Tu peux en prendre une si tu veux" me dit-il.
Voui voui voui...

La soirée s'éternise, j'ai bu plus de bière que de raison, en partie pour me venger de ma petite honte, en partie pour suivre le rythme de mon nouvel ami de discussion, et aussi en partie par ennui profond, ce qui fait que j'aggrave carrément mon cas en titubant vers les toilettes, un bouton de mon chemiser ouvert sans que personne ne daigne me le faire remarquer, les joues bien rouges et le maquillage bien approximatif. AU SECOURS.

Heureusement, j'arrive à croiser Sarah dans les toilettes qui comprend en un seul coup d'oeil mon problème et me propose illico de me ramener puisqu'elle doit se lever tôt le lendemain. Là, je dois avouer qu'une couronne de fleurs luminescentes s'est soudainement matérialisée autour de sa tête et qu'un choeurs d'angelots a entonné un halleluia particulièrement bien venu.

Je regagne l'appartement, où je retrouve Aron en grande discussion avec sa petite amie. Bon, soyons honnête, je ne suis pas née de la dernière pluie, je sens bien que le ton de la "discussion" a soudainement changé quand ils ont entendu la porte d'entrée s'ouvrir, et que les coiffures se sont réajustées le temps que je traverse le couloir. Je bafouille donc un vague "euh désolée vraiment, pfouf, wouhaha commeu je suis fatiguéeu, pas vous ?" "oh oui oui, il est drôleument tard" me répond-on, sans pour autant bouger de sur le canapé où je suis sensée dormir.
...
Silence gêné.
Décidément...

Aron me dit "De toute façon, Paddy ne rentrera pas de toute la nuit, tu n'as qu'à prendre sa chambre."
Ouf.

J'envoie donc un texto à Paddy, juste au cas où, où je lui dit qu'en raison d'un encombrement du canapé j'ai été obligé de prendre son lit et sa carte bleue (qui trainait sur son chevet) haha la bonne blague, qu'est-ce que je suis drôle des fois moi, pfiou ! bon allez dodo.

Le lendemain matin, bien entendu, Paddy n'a pas lu son texto, et rentre dans sa chambre en poussant un "Ho!" et moi un "Ha!". Je lui explique alors que je lui avais laissé un texto, qu'il lit en même temps, puis je lui laisse son lit et regagne le salon pour y finir ma nuit. Là, il revient me voir et me dit "t'as trouvé ma carte bleue ?" haha lui répond-je, ben oui, elle est sur ton chevet enfin bon c'était juste une mauvaise blague, hein, désolée. Là je le vois qui s'agite, qui revient avec sa carte bleue, et qui me dit "c'est celle là que t'as prise ?" euh oui non mais je l'ai pas prise, c'était juste une blague (décidément mon humour ne passe pas en anglais). J'essaie donc de lui expliquer que c'était juste une blagounette parce que j'avais écrit "j'ai pris ton lit... et ta carte de crédit" haha.. ha...
...

Là il m'explique qu'en fait il a cherché sa carte de crédit toute la soirée mais que ce n'est pas celle-là (plusieurs cartes de crédit ? eh ben), alors du coup il a pensé que je lui avais pris celle qu'il cherche pour rigoler et que du coup, il était encore plus déçu de l'avoir vraiment perdu (eh ben décidement, faut que j'arrête avec les blagues moi...).

Le lendemain, samedi, levée à l'aube de l'après-midi, je me prépare pour mon premier jour de tournage : ce soir, je vais avec les Blue Thatcher à un festival Irlandais dans un bar de la banlieue de Manchester, le M19. Un endroit charmant, assez calme, avec un bar tout ce qu'il y a de plus normal en bas et en haut un genre d'appartement, un salon avec des canapés, une salle un peu plus grande avec une scène et un autre petit salon. Ils jouent d'abord dans le petit salon devant un petit public (normal il tient à peine 5 tables), c'est de l'unplugged pour une fois et c'est drôlement bien.

Ensuite, nous assistons un peu aux autres concerts de la soirée, puis on nous laisse retourner dans le petit salon pour faire l'interview (on nous y enferme même à clef pour plus de tranquilité !) qui se passe très bien, bien qu'improvisée (elle devait se passer le lundi soir pendant une répétition, mais il a été décidé de la faire plutôt ce soir-là.) Donc je n'avais pas mes questions, ni de micro, rien que la caméra et le pied, ma foi, on fait comme on peut. Je tiens à préciser qu'au moment où j'écris ces lignes je n'ai toujours pas réussi à visionner la bande (windows m'a fait un caca nerveux et il faudrait que je redémarre pour voir s'il ira mieux mais comme je télécharge une vidéo de Nizlopi pour aller avec mon interview (ouais là faut avoir suivi l'épisode précédent, tant pis pour les retardataires, ça prendrait trop de temps à expliquer) et que ça devrait prendre dans les 48 heures -sans exagération- je ne peux pas redémarrer comme ça. Scrogneugneu.) Je ne sais donc toujours pas quid au niveau du son, si ça se trouve on ne les entend pas du tout, mais là je serai vraiment très très triste.

Ils passent ensuite dans la salle un peu plus grande (voir la photo au-dessus), font un set du tonnerre, toujours en unplugged, je trouve ça vachement bien. Paddy se fait un nouvel ami Irlandais avec qui il discute toute la soirée (qui a même chanté sur scène une très jolie chanson en français dédicacée rien que pour moi... wouaaah). Bon il semble très sympa mais il faut bien avouer que je ne capte pas un traitre mot de son accent Irish, et donc je passe la soirée à les regarder Paddy et lui, l'un après l'autre en ouvrant de grands yeux d'incompréhension et sans arriver à placer un mot intelligent. Après cet intermède poisson-rouge, Paddy me ramène à la maison et on va se coucher "tôt" parce que le lendemain la soirée risque d'être... comment dire... longue.

Le lendemain, donc, est LA journée de mon voyage, la soirée où tout le monde va se retrouver, soit la soirée de lancement de l'album d'Aron Paul au Matt & Phred's, un jazz club de Manchester qu'il a réservé pour l'occasion. On est sensé pouvoir y aller dès le début d'après-midi, mais au final ils refusent de lui ouvrir le bar si tôt et les répétitions doivent donc avoir lieu à l'appartement. De mon côté, j'avais prévu une interview avec Aron, qui devra donc attendre un moment calme de la soirée (ouf, ça va pas être simple ça).

Les répétitions vont bon train, le soir arrive et nous nous dirigeons tous vers la salle pour installer le matériel, tout le monde court autour de moi et parle très vite et surtout dans un jargon que je ne comprend pas (et surtout en ne s'adressant pas à moi directement) ce qui fait que j'ai l'impression d'être au milieu d'une partie d'un jeu dont je ne connais pas les règles et je ne sais pas quoi faire de moi. Je me réfugie auprès de Graham Clark, que j'ai reconnu de loin, un violoniste de grand génie que je vénère et à qui je suis à deux doigts de demander un autographe en tremblotant. Je lui dit "Euh pardon, vous ne seriez pas Graham Clark ?" (persuadée qu'il va me répondre en soupirant "moui, c'est pour quoi ?") et là il me regarde d'un air amusé et me dit "Emma ? eh ben je t'aurais pas reconnu !". Estomaquée, je me demande s'il ne me prend pas pour quelqu'un d'autre, je bafouille quelque chose d'inintelligible, tandis qu'il me parle des différentes photos que j'ai mises sur mon profil myspace.

Oooook Graham Clark me parle ET il sait qui je suis. Ô bonheur.

Nous entamons donc la conversation, je lui dit que je suis en admiration devant son grand talent, lui parle des vidéos où je l'ai vu jouer, on fait des blagues, on rigole comme si on se connaissait depuis toujours, pendant que le monde entier s'agite autour de nous. Regardez comme on a l'air de deux amis de toujours sur cette (horrible) photo !

La balance commence, je m'assoit dans un coin et assiste à ce que je considère toujours comme un mini-concert privé joué intégralement en mon honneur (hey on se fait les films qu'on veut), puis Graham me rejoint et nous continuons notre conversation. Il m'invite à manger un kebab indien (ah bon ?) tandis que la salle se remplit doucement et que les premières parties défilent sur scène. Alors un kebab indien, déjà, ça n'a pas grand chose à voir avec un kebab normal, à part peut-être la salade, parce que le pain est du pain indien, l'espèce de grosse galette achtement bonne, que dessus on y dépose des espèces de merguez indiennes à base de viande d'animal inconnu et relativement très très très très épicées, et qu'on y ajoute en plus, des fois qu'il nous reste un bout de langue qui n'aurait pas complètement fondu, quelques piments marinés. Et encore, j'ai pas pris la sauce épicée, parce que Graham m'a dit que ça risquait de piquer "un peu". Nous nous sommes ébahis de concert devant une énorme machine à presser des oranges que Philippe Starck n'aurait pas renié, et avons même eu droit à une démonstration du cuistot indien tout fier de lui.

Après avoir perdu toute sensation dans ma bouche, j'ai suivi mon-nouveau-meilleur-ami Graham et nous nous sommes redirigés vers la salle parce que le concert était sur le point de commencer.

Aron a donc pris la scène pendant quelques heures, accompagné par toute une bande de musiciens qui se relayaient (à un moment ils étaient tout de même 7 sur scène, deux violons, deux pianos, une guitare, une basse et une batterie, je vous raconte pas la claque que ça donnait), le tout pour le plus grand plaisir de tous les gens venus assister au concert, un très grand succès je dois bien le dire, le bar était plein à craquer, si bien qu'ils ont été en rupture de bière avant la fin. Jamais vu autant de gens avec un verre d'eau à la main dans un bar. Un bar anglais qui plus est.

J'en ai filmé la quasi intégralité, tout en accusant le coup de plus en plus. La fatigue accumulée, le fait de trimbaler à bout de bras le camescope le plus lourd du monde et de devoir déployer toute mon énergie à comprendre et à parler avec les gens autour de moi, bref, j'étais littéralement exténuée. Heureusement, nous étions dimanche soir, et le bar fermait à 1h, et il y avait autour de moi des gens "sérieux" qui travaillent le lendemain, donc j'ai trouvé très facilement un chauffeur en la personne de Dan, pianiste du groupe Blue Thatcher, qui m'a ramenée juste à la fin de son set, le tout dernier de la soirée, où il accompagnait sobrement Paddy sur scène. Encore une fois, rien que du très très bien, une soirée d'une très grande qualité, mais ouaaah qué fatigueu !

Le lendemain, je rattrape enfin mon sommeil, me voilà pleine d'une nouvelle énergie. Le soir même, il est prévu que j'enregistre une chanson live exprès pour le webzine avec les Blue Thatcher, mais il se trouve que Jorge, le bassiste, chez qui est sensée se passer la répétition, est malade. Damned. Nous devons donc annuler. Là je me souviens que j'ai complètement zappé l'interview avec Aron la veille au soir. En lui posant la question, il me dit : "plus tard plus tard", ouais ok, la motivation est grande. Au final, je ne vais jamais trouver l'occasion de la faire cette interview, mais ça je l'ignore encore.
Là, j'ai donc la journée pour me ballader, ce que je fais, en plus il fait relativement beau pendant quelques heures, et j'ai un lecteur MP3 plein à craquer et un plan de la ville en poche, alors que demander de plus ?

La soirée se passe du coup très calmement, affalée sur le canapé à regarder un film (en VO forcément) avec Samuel L. Jackson, dont je ne verrai jamais la fin (du moins pas ce soir-là). Aron me propose de prendre sa chambre pour la nuit pour ne pas être réveillée le lendemain par les gens qui partent au travail. C'est gentil trouve-je, et je vais donc m'écrouler pour la deuxième fois de mon séjour dans un lit qui n'est pas sensé être le mien, yeah rock'n'roll. J'évite soigneusement au passage toute blague sur une éventuelle carte de crédit ou une quelconque chemise qui dépasse, cette fois j'ai retenu la leçon.

Le lendemain, journée tout aussi calme, le soir il est prévu que je rejoigne les People Involved, que j'avais découvert lors de mon dernier passage à Manchester, et qui devraient enregistrer une chanson rien que pour le webzine, ainsi qu'une interview. En attendant, j'ai à nouveau la journée à moi, j'en profite pour visiter le musée des beaux-arts, dont Graham m'avait parlé le dimanche soir. Je participe même à une oeuvre d'art : sur un grand mur où on peut voir une montagne de valises on peut accrocher sur des petits clous des notes où on écrit l'endroit où on veut se trouver à ce moment là. J'ai écris en gros "JE VEUX RENTRER CHEZ MOI !!!" et je l'ai placé en plein milieu. Et toc. Ensuite je suis rentrée prendre mon matériel et j'ai rejoint Marc, le pianiste du groupe, pour qu'il m'emmène à Leek, là où ils répètent.

Je ne les connaissais pas beaucoup, ayant juste discuté avec eux cinq minutes lors de mon dernier passage, et ensuite en conversation soutenue par email avec Seth, le chanteur du groupe, et bien que la première impression était franchement bonne, j'avoue que j'étais un peu anxieuse de voir à quelle sauce j'allais être mangée. Plutôt bonne surprise, Marc se révèle être quelqu'un d'absolument charmant, et nous discutons bien dans la voiture. On ramasse en chemin un autre membre du groupe, Mikey, le bassiste, dont je ne comprend pas un traitre mot tellement il a un fort accent. Ce qui me rassure, c'est que Marc n'a pas l'air de comprendre non plus. Il tente tant bien que mal de m'expliquer son métier, un truc avec des ordinateurs et de l'argent, des prêts et je ne sais quoi, j'hésite entre prêteur sur gage et pirate informatique, je suis vraiment pas sûre d'avoir bien compris.

Nous arrivons à Leek, charmante petite bourgade du centre de l'Angleterre, et enfin je respire, loin de la grande ville. Mikey m'accompagne pour m'acheter un sandwich, devenu la base de mon alimentation de ces derniers jours, un truc sensé être au fromage, mais qui a goût de tout ce qu'on veut sauf de fromage. Nous rejoignons ensuite le reste de la troupe à la salle de répétition, drôlement grande, j'avais plutôt peur de me retrouver dans un garage de 8m² à cause du son et de leur habitude à pousser le bouton volume à fond. Par précaution, j'avais quand même prévu les boules quies.

Nous discutons ensembles, tout se passe très bien, je rencontre Rich, le guitariste, qui est un petit rigolo charmant et Seth, donc, le chanteur, qui m'avoue être très stressé tout ça parce que j'ai fait le déplacement jusque là pour les rencontrer et qu'il trouve que c'est super important, et que comme leur batteur a quitté le groupe quelques temps auparavant, il ne sont pas au point. D'ailleurs, ils allaient essayer de jouer pour la première fois sans batteur, avec Seth à la batterie et au chant, comme Phil Collins. Ca me fait marrer de le voir stresser devant moi, parce que je crois que le plus impressionné des deux c'est bien moi. Je découvre une bande de jeunes gens (tous plus jeunes que moi, sauf Marc qui doit avoir à peine quelques mois de plus) adorables, talentueux au possible (bon ça je le savais déjà), avec la tête sur les épaules et vraiment envie de bosser avec moi. On blague, on parle sérieusement, je leur annonce que leur musique a été retenue pour être le générique du podcast de Discordance (qu'ils comprennent "disco-dance" ...) et ils sont heureux. Moi aussi.

On enregistre la chanson, en unplugged pour éviter que le son ne sature trop, ce qui fait que le pauvre Mikey se retrouve sur le ban de touche avec un air de Caliméro parce que ses copains ne veulent pas qu'il joue avec eux. Puis nous enregistrons l'interview, un peu distraits par la cravate que Mikey se met à un moment, mais enfin le tout vraiment très sympa. J'en garde un excellent souvenir, j'ai plus que hâte de les revoir tous en France. Bon, c'est à moi de jouer maintenant !

Une fois rentrée à bon port grâce à Marc, je m'aperçoit que comme une idiote j'ai oublié la boite de cds qu'ils m'avaient préparé pour que j'essaie de leur trouver des dates en France. Marc me propose de m'en trouver un ou deux le lendemain, et je dois donc le retrouver au magasin de musique à Manchester où il travaille. Il m'en dégote une 25aine (wouaw) en se demandant si ça sera assez... ben oui, c'est même plutôt royal quand je le compare à ce que les autres groupes m'ont laissé (euh.. ben.. en fait aucun). Je le bénis de tout mon coeur et j'ai encore plus hâte de les revoir, parce qu'ils se sont vraiment montrés intéressés et qu'ils y mettent vraiment du leur pour que ça marche. Aaah ça fait plaisir !

L'après-midi, comme il ne fait pas très beau, je m'offre un tour de bus dans la ville et rentre me coucher tôt, parce que mon avion décolle tôt le lendemain. Avant 5h, je me fais réveiller par Paddy sans grand ménagement mais pour la bonne cause, puisqu'il m'emmène à Liverpool super gentiment pour que je prenne mon avion à 8h (pas de bus assez tôt). Je tremble quand même un peu parce que je vois bien qu'il n'est pas super réveillé et que très honnêtement il n'est pas DU TOUT un modèle de bon conducteur, mais enfin je ne vais pas me plaindre.

J'arrive largement en avance pour prendre mon avion, j'ai le temps de prendre le plus mauvais cappuccino de la création (et qui me coûte très cher en plus), puis nous embarquons à bord de l'avion le plus orange que j'aie jamais vu, direction je-rentre-chez-moi. Enfin.

Je passe un vol très agréable, entre John-Michel, 4 ans, derrière moi, dont le jeu consiste à me foutre des coups de pieds dans le dos et à m'empoigner les cheveux en se levant sur son siège, malgré mes protestations et celles, très molles, de sa mère, et Peter-Marcel, la 20aine, sur ma gauche, qui mange des chips à l'oignon à 8h du mat' et renifle bruyamment pendant 2 heures. Que je suis heureuse de rentrer chez moi.

Je refais le trajet inverse, RER, métro, train, cette fois directement jusque Cherbourg. Je suis exténuée, mais heureusement, mon chéri est là pour venir me chercher, il a même pris sa journée du lendemain rien que pour me câliner, cet homme est merveilleux, et en plus, c'est mon chéri.

Pour fêter ça, j'ai fait des gaufres.

Voilà, une semaine marathon résumée en quelques lignes, mais je ne regrette pas le moins du monde d'y être allée, j'ai rencontré des gens qui en valaient largement la peine, et j'ai passé de très bons moments avec ceux que je connaissais déjà.

A très bientôt pour de nouvelles aventures.

E.

1 commentaire:

Marc Leblond a dit…

Bravo pour tes chroniques, toujours aussi marrantes. C'est vraiment un bonheur de les lire à chaque fois. Chapeau !

Marc